Chaque 11 Novembre, Étiolles se rassemble pour honorer ses enfants tombés pour la France. Ce moment de mémoire n’est pas une simple tradition : il représente la fidélité d’un village à celles et ceux qui ont donné leur vie pour que la nation demeure libre. Leur nom n’est pas une ligne gravée dans la pierre : c’est une histoire interrompue, une famille brisée, une part d’Étiolles qui ne reviendra jamais. Il nous revient de les citer, avec gravité.
Sont tombés pour la France :
Charles Le Soufache, Jacques Cheuvreux, Louis Delaroche, Jean Barbedette, Maurice Blaise, Fernand Percheron, Edmond Bezelgues, Alfred Bézard, Albert Gicquel, Fernand Chestier, Eugène Rozelle, Marcel Mérot, Émile Fikinger, Henri Haniq, Oscar Baudart, Joseph Baudart, Henri Felten, Gabriel Manaquin, Georges Heid, François Baranger, Albert Fortier et René Boussant.
Pour certains, les plaques du cimetière mentionnent leur régiment :
- Edmond Bezelgues, 33ᵉ régiment d’infanterie, mort pour la France le 2 septembre 1914 (26 ans).
- Alfred Bézard, 46ᵉ régiment d’infanterie, tombé à Vassincourt le 7 septembre 1914 (34 ans).
- Marcel Mérot, 94ᵉ régiment d’infanterie, mort le 20 octobre 1914 (21 ans).
- Henri Haniq, 169ᵉ régiment d’infanterie, tombé au Bois-le-Prêtre le 19 mai 1915 (23 ans).
- Gabriel Manaquin, 153ᵉ régiment d’infanterie, tombé à Minocourt le 9 septembre 1915 (29 ans).
- Albert Fortier, 34ᵉ régiment d’infanterie, tombé le 15 septembre 1918 (48 ans).

Ces noms, pour un village comme Étiolles, ont un poids particulier. Les archives de l’Essonne indiquent qu’en 1911, Étiolles comptait 360 habitants (Archives de l’Essonnes). À l’échelle d’une si petite communauté, perdre plus de vingt hommes représente une hémorragie humaine considérable. Chaque disparition touchait tout le village : il n’y avait pas une famille, pas une rue, pas un hameau qui ne connaissait l’un de ces jeunes morts.
Commémorer l’armistice de 1918, c’est donc bien plus que se plonger dans le passé. C’est mesurer la place d’une commune dans l’histoire nationale. Car si la Grande Guerre fut un conflit d’une ampleur mondiale, elle fut portée, soutenue et payée par des villages comme le nôtre. Étiolles a participé à l’effort de guerre, avec ses hommes envoyés au front, mais aussi à travers son territoire.
Un épisode méconnu rappelle d’ailleurs cette dimension locale. En 1914, à la suite de la bataille de la Marne, le général Joseph Gallieni, gouverneur militaire de Paris, décide de renforcer la ligne de première défense de la capitale. Au sud de la forêt de Sénart, cette ligne défensive part d’Étiolles et se prolonge jusqu’à Jarcy, en suivant la lisière de la forêt. Les travaux sont réalisés en 1915 par la 100ᵉ division d’infanterie territoriale, qui utilise notamment le mur de clôture du parc du château des Hauldres et longe la rue Collardeau. Ainsi, même loin du front, Étiolles s’est trouvé intégré à un vaste dispositif militaire destiné à protéger Paris d’un nouvel assaut.
Cette histoire locale nous rappelle que les communes sont un pilier essentiel de la nation. Elles l’étaient en 1914 ; elles le sont encore aujourd’hui. Nous l’avons appris récemment, lors de la pandémie de Covid. Les communes ont dû assumer un rôle décisif : protéger les vulnérables, organiser les services, maintenir la continuité éducative, sociale et administrative. À Étiolles, il a fallu agir vite, avec lucidité, responsabilité et cohésion. Cette période a révélé ce que nous défendons : une commune n’est pas une structure administrative, c’est un acteur décisif de la résilience nationale.
C’est précisément cette conception de l’action publique que nous revendiquons. Une commune capable d’anticiper, de protéger, de décider. Une commune qui assume son rôle dans la nation, et qui n’oublie jamais que la liberté repose aussi sur les épaules des villages. Le 11 Novembre n’est pas une cérémonie figée : c’est un rappel à la responsabilité, pour aujourd’hui et pour demain.
Il est d’ailleurs significatif de noter que cette année, comme souvent à la veille d’échéances électorales, nous étions plus nombreux autour du monument aux morts. On peut l’interpréter de bien des manières, mais un fait demeure : lorsque le temps politique s’accélère, les habitants se tournent vers les symboles qui unissent, vers les lieux où se construit la mémoire collective. Cette présence accrue dit quelque chose de notre village : la volonté d’être acteur, d’être informé, d’être responsable.

Dans ce moment de recueillement, nous affirmons une conviction qui guide notre engagement : une commune forte fait une nation forte. Honorer nos morts, c’est affirmer qu’Étiolles doit continuer à se tenir droite, solidaire et déterminée. C’est à nous désormais de porter leur héritage, non dans la nostalgie, mais dans l’action : protéger, rassembler, anticiper. Faire vivre une commune qui contribue pleinement à l’effort national, comme elle l’a toujours fait.



